Quels « moyens » pour la rentrée 2026 dans l’académie de Versailles ?

Le CSA académique s'est tenu en deux séances le mercredi 28 janvier matin et le jeudi 29 en fin de journée, pour examiner la répartition entre départements des postes attribués - ou plutôt retirés, dans le premier degré- à notre académie par le ministère.

Un calendrier chamboulé, des moyens rabotés pour l’Education Nationale

Même si le budget n’est pas encore arrivé au terme de son examen et d’une éventuelle adoption, le CSA ministériel plusieurs fois repoussé s’est tenu le lundi 26 janvier. Les suppressions de poste annoncées dans le premier comme dans le second degré ont été plus conséquentes que ce qui se profilait déjà. Quant aux postes d’AESH créés, 2000 annoncés, ils englobent en réalité 1200 ETP déjà créés à l’automne dernier, et correspondent à un effort que l’on ne peut nier, mais qui reste en deçà des besoins, si toutefois les recrutements sont effectués alors que les conditions d’exercice et de rémunération restent très précaires et donc peu attractives.

Le ministère argue d’une mécanique logique compte-tenu de la baisse démographique à l’échelle nationale et sans tenir compte des fragilités  désormais installées de notre système éducatif: dégradation des conditions d’apprentissage des élèves, sous-administration chronique, santé scolaire exsangue, difficulté à mettre en Å“uvre l’école inclusive dans de bonnes conditions pour les élèves et les personnels, intensification du travail et dégradation des conditions de travail des personnels de l’Éducation nationale, perte d’attractivité des métiers. Retrouvez l’intégralité de la déclaration  CFDT en CSA ministériel. 

Toutefois le mercredi 28 dans l’après-midi le ministère a fait savoir qu’il « injectait » dans les dotations des académies des postes qui devraient être pourvus par les concours organisés au printemps. Ainsi, au national,  dans le premier degré, la baisse des dotations est passée de moins 2229 postes à moins 1891 postes, et dans le second degré de moins 1803 à moins 1365 postes. Des baisses qui restent donc très conséquentes et dommageables !

Les chiffres et la répartition dans l’académie de Versailles

En CSA ministériel, la ventilation des postes supprimés dans le premier degré donnait dans notre académie moins 170 postes, ramenés à moins 143 postes. Dans le second degré, où le nombre d’élèves est toujours à la hausse en particulier en lycées, ce sont plus 65 ETP (équivalents temps plein), réhaussés à plus 94 ETP (dont 15 en heures supplémentaires).

Si les postes en plus dans le 2d, et les « suppressions en moins » dans le 1d sont évidemment bienvenues, les analyses et les alertes portées en instance le mercredi matin (voir déclaration liminaire ci-dessous) restaient bien et bien sûr d’actualité le jeudi soir.

A la mise au vote consultative, la CFDT a voté contre la répartition présentée, non que le travail des services du rectorat sur cette ventilation soit contestable, mais au regard des effets en terme de fermetures, d’effectifs, et par tant de conditions de travail des personnels.

Dans le premier degré, 82 postes de professeur.es des écoles sont réservés pour la mise en place des PAS, 8 ETP pour la participation à la formation initiale des lauréat.es au CRPE et 28 dévolus au « renforcement des moyens de remplacement ». Puisque 143 postes sont supprimés, ce sont donc 261 ETP de PE devant élèves qui sont supprimés, et donc autant de fermetures de classes dans les écoles: 75 dans le Val d’Oise (le département qui perd le plus d’élèves dans le premier degré d’après les prévisions), 69 dans les Hauts de Seine, 65 dans les Yvelines et 52 dans l’Essonne.

C’est dans les CSA départementaux que se verront les effets concrets, avec cette difficulté que la campagne des élections municipales en retardera la tenue, ce qui nous parait inacceptable. Contactez nos représentant.es sur les adresses des antennes: 78@efrp.cfdt.fr, 91@efrp.cfdt.fr, 92@efrp.cfdt.fr, 95@efrp.cfdt.fr

Dans le second degré, les postes supplémentaires seront attribués à des lycées, ce qui est cohérent au regard de la hausse démographique sur cette classe d’âge, mais ne suffira pas à limiter les effectifs à des seuils raisonnables, en particulier dans la voie professionnelle, et ne permettra pas de dégager les marges nécessaires non plus dans les collèges.

Là aussi, les dotations de chacun des établissements seront examinées en CSA départementaux dans les premiers jours de février. N’hésitez pas à nous contacter à versailles@efrp.cfdt.fr pour avoir et apporter des informations pour votre établissement.

CPE, personnels de direction, psy-EN, AESH, AED… La ventilation des « moyens » pour toutes ces catégories de personnels entre et au sein des départements sera connue et examinée ultérieurement.

Notre déclaration liminaire

[au CSA du mercredi 28 janvier au matin, et donc avec les documents et les chiffres alors communiqués]

Monsieur le Recteur, mesdames et messieurs les représentants de l’administration et des organisations syndicales, chers collègues,

Au nom de la CFDT Education Formation Recherche Publiques dans l’académie de Versailles, je vous présente tous nos vœux pour 2026. Cette déclaration n’abordera pas la totalité des sujets du moment, et cela ne signifie pas qu’à la CFDT on n’en pense rien.

La semaine dernière, le ministre nous a écrit. C’était une belle lettre, bien écrite, qui renouait et renouvelait le style de la missive aux éducateurs, en abordant des thèmes aussi importants que l’esprit critique à l’heure de la société du commentaire, de l’intelligence artificielle et des périls démocratiques ici et ailleurs.

Après tout, un ministre qui s’adresse aux agents et agentes publics de son ministère, et pour les soutenir, quoi de plus normal, cela ne devrait rien avoir d’extraordinaire. Comment s’est-il fait alors que tant de collègues n’aient pas apprécié cette lettre, la tournent en dérision voire la perçoivent comme une ultime marque de mépris ?

Il y a sans doute quelque chose de l’écart entre la déclaration d’amour et les preuves d’amour, du ministre on ne sait pas, mais de la nation à travers les choix politiques opérés plus sûrement. Avoir un métier qui fait sens ne suffit plus toujours à y trouver du sens quand les conditions de travail sont dégradées et la charge accrue par des priorités toutes prioritaires, et alors que des revalorisations salariales substantielles se font toujours attendre, notamment pour les collègues du très long milieu de carrière.

Certains et certaines parmi les personnels de l’éducation n’ont pas pu se sentir concerné.es par cette lettre qui ne parle pas de leur métier, ou alors parce qu’elle fait par trop reposer l’accomplissement de nos missions de transmission et de service public sur des qualités personnelles  ou intrinsèques, une vocation toujours.

Le ministre dit aussi « notre société parle de vous comme de simples « moyens » humains » et de suggérer qu’il devrait en être autrement.

Aujourd’hui, nous examinerons pourtant la répartition départementale des moyens alloués par le ministère, sous réserve d’une loi de finances adoptée en ces termes évidemment, et c’est le seul point à l’ordre du jour de notre CSA académique plusieurs fois repoussé.

Ce calendrier très contracté met en tension les services, les chef.fe.s d’établissements mais également l’ensemble des personnels et leurs représentant.es, notamment sur les questions d’ouvertures ou plus souvent de fermetures de postes et de classes, et les enjeux de mobilité qui sont liés. A ce propos nous considérons que la tenue prochaine des élections municipales ne saurait constituer un obstacle au travail fin sur la carte scolaire dans chaque département.

A l’échelle nationale, les suppressions de poste sont bien plus massives qu’annoncées initialement. Pour la CFDT, nous redisons que la baisse démographique, toute relative encore dans les départements dans l’académie de Versailles, doit être l’occasion d’améliorer le taux d’encadrement, d’avoir davantage d’adultes disponibles, de donner des moyens réels aux priorités annoncées.

Dans l’académie de Versailles, ce sont moins 170 postes dans le 1er degré, un effort qui peut sembler mesuré au regard du poids de notre académie, mais qui est comparativement très conséquent en réalité, notamment vu l’effectif moyen des classes plus élevé qu’ailleurs (il n’y a que dans l’académie de Nice qu’il soit plus haut).

Certes le P/E augmente, nous direz-vous.C’est incontestable, même s’il reste loin de la moyenne de l’OCDE . Mais il s’agit d’une moyenne, par définition, qui va par exemple lisser les dédoublements en REP/REP+. Par ailleurs, si ce critère reste utile, il n’est plus suffisant pour dire la qualité de l’encadrement à l’heure de l’école inclusive. Dire cela ce n’est pas la rejeter, au contraire, c’est dire qu’il faut tirer pleinement les conclusions de ce changement de paradigme et regarder la réalité des conditions d’enseignement dans les écoles.

Objectivement, le nombre moyen d’élèves par classe a baissé en élémentaire, en moyenne, mais pas le nombre d’élèves ressenti. Un nouveau critère à inventer peut-être.

Dans le second degré, ce sont quelques 1800 postes qui sont supprimés au national, même si certains semblent en réserve pour affecter des enseignant.es stagiaires après les concours en L3. Vous pourrez peut-être, monsieur le Recteur, nous éclairer sur ce point.

Dans l’académie de Versailles, puisque le nombre d’élèves de lycées augmente encore sensiblement, on nous octroie 65 ETP supplémentaires, dont, détail intéressant 15 ETP en HSA, soit une proportion de presqu’un quart, bien au-delà du % moyen absorbé dans les lycées et plus encore les collèges de l’académie. C’est donc une nouvelle intensification du travail.

Nous exprimons notre inquiétude sur les effectifs de classe, en particulier dans certains bassins  du Val d’Oise et de l’Essonne, en particulier dans les classes de la voie professionnelle, où les annonces de classes de 2nde pro à 32  sont particulièrement inquiétantes pour les conditions de travail des personnels, d’apprentissage et de suivi des élèves.

Dans le 1er comme ds le 2nd degré, la ventilation proposée par les services est un exercice d’équilibre maitrisé. C’est en CSA SD et dans chaque école et établissement que nous en verrons les effets concrets et les dégâts incarnés.

Le ministère nous dote d’une grosse enveloppe peu fléchée. De fait, les moyens des priorités ne sont pas précisés, ils sont à trouver. Agilité ou tour de passe-passe pour donner corps à la lutte contre le harcèlement, les enjeux de santé mentale ou d’égalité filles-garçons ?

Que pouvez-vous nous dire de la mise en application du « plan 800 collèges », dont 108 dans notre académie, et des moyens donnés sur les 21 situations dites absurdes, à l’échelle nationale ? Nous en connaissons davantage mais il est heureux que le collège Montesquieu d’Evry et des écoles alentours soient dans cette liste, en attente de la plus que jamais nécessaire refonte de la carte de l’Education prioritaire.

Vous nous direz : mais c’est l’autonomie de l’académie, des départements, des établissements. Et oui il y a du bon à l’autonomie, ce n’est pas à la CFDT qu’on dira le contraire, mais l’autonomie ce n’est pas l’abandon, à aucun niveau que ce soit. Nous pensons par exemple aux enveloppes qui seront allouées aux collèges, à l’heure où ils retrouvent enfin plus d’autonomie dans les modalités d’accompagnement des élèves après la fin des groupes de besoin prescrits.

Nous vous remercions de votre attention.

 

Lire notre article: 800 collèges, un plan sans moyens c’est un plan pour presque rien. 

Lire la déclaration en conseil supérieur de l’éducation : Pour assurer leurs missions, les établissements ont besoin de moyens.Â