En île-de-France, le premier Comité de Suivi de la réforme de la formation des enseignants et CPE s’est tenu à la Sorbonne ce vendredi 19 juin dans un format interacadémique (Créteil, Paris et Versailles).

Réforme de la formation initiale : un première réunion qui confirme les inquiétudes de la CFDT
La première réunion du comité régional de la réforme de la formation initiale des enseignants s’est tenue le 19 juin dernier. La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques y a présenté la seule déclaration liminaire des organisations syndicales, afin d’interroger la gouvernance de cette nouvelle instance et d’alerter sur les nombreuses conséquences de la réforme pour les personnels et les étudiants.
Déclaration liminaire
Si la création de ce comité répond à une demande portée par notre fédération au niveau national, cette première réunion laisse apparaître de nombreuses zones d’ombre.
Plus préoccupant encore, elle confirme que la réforme continue d’être déployée dans des conditions qui fragilisent les équipes chargées de la mettre en œuvre.
Une instance dont le rôle reste à démontrer
La CFDT a d’abord interrogé la représentativité de ce comité régional.
Pourquoi une instance à l’échelle de la région académique alors que les situations diffèrent fortement entre Paris, Créteil et Versailles ? Comment les réalités de chaque académie pourront-elles être prises en compte ? Comment cette nouvelle instance s’articule-t-elle avec les conseils d’INSPE, les instances universitaires ou les CSA ?
Les réponses apportées par l’administration confirment qu’il s’agit d’une instance informelle, sans pouvoir décisionnel, destinée principalement à favoriser les échanges.
Pour la CFDT, une réforme d’une telle ampleur mérite davantage qu’un espace d’information. ce comité doit devenir un véritable outil de suivi, d’évaluation et d’amélioration de la réforme.
Une réforme encore largement improvisée
Les différents représentants des personnels des INSPE ont relevé que les équipes chargées de mettre en œuvre la réforme travaillent des conditions extrêmement dégradées.
Ils ont décrit un fort épuisement des professionnels. Les arbitrages continuent d’arriver alors que la rentrée approche. Faute d’anticipation, les équipes devront poursuivre leur travail pendant l’été pour construire des formations dont les contours restent encore incomplets.
Ce constat traduit une préparation insuffisante de la réforme.
Des chiffres qui ne disent rien de l’attractivité du métier.
L’administration a présenté une hausse du nombre d’inscriptions aux différents concours comme un premier signal encourageant.
La CFDT appelle a la plus grande prudence.
Cette année, la coexistence des anciens et des nouveaux concours a conduit de très nombreux candidats à effectuer plusieurs inscriptions. Beaucoup d’étudiants de master se sont inscrits simultanément au concours de niveau licence.
Les doubles, voire triples inscriptions, rendent les comparaisons particulièrement hasardeuses.
En l’état, ces statistiques ne permettent donc pas d’affirmer que l’attractivité du métier d’enseignant progresse.
Le seul signe qui peut toutefois paraître encourageant est l’augmentation significative des demandes d’inscriptions en LPE (licence professorat des écoles) sur Parcoursup, si ces choix sont bien évidemment confirmés par les futurs bacheliers.
Les non-lauréats : une conception inquiétante de la formation
Le devenir des étudiants non admis au concours a constitué l’un des principaux sujets de discussion.
La réunion a mis en évidence des réponses très différentes selon les académies, révélant une forte hétérogénéité des dispositifs proposés aux étudiants.
Mais c’est surtout une déclaration du Recteur de l’académie de Versailles qui a retenu notre attention. Selon lui, « l’employeur n’a pas vocation à former des étudiants n’ayant pas vocation à devenir fonctionnaires ».
Cette affirmation révèle une conception de la formation que la CFDT ne partage pas.
La mission de l’université ne consiste pas uniquement à former des lauréats immédiats d’un concours. Former les futurs enseignants, accompagner les étudiants qui devront parfois présenter plusieurs fois le concours, maintenir un vivier de recrutement et construire des parcours sécurisés participent pleinement de l’intérêt général.
Réserver la formation aux seuls lauréats reviendrait à considérer la formation universitaire comme un simple outil de gestion des ressources humaines au détriment de sa vocation académique et professionnelle sur un temps un peu plus long.
Une vigilance qui reste entière
Cette première réunion a apporté quelques éléments de clarification, notamment sur la cartographie des formations ou le recrutement des formateurs.
Elle confirme surtout que de nombreuses questions restent ouvertes :
- l’avenir des non-lauréats
- les conditions de travail des personnels universitaires
- la place des praticiens de terrain
- le travail collaboratif entre les praticiens de terrain et les professeurs d’université
Pour la CFDT, la réussite de cette réforme suppose tout autre chose qu’un pilotage dans l’urgence. Elle nécessite de la transparence, de l’anticipation, des moyens, un véritable dialogue social et une confiance accordée aux différents acteurs.
C’est dans cet esprit que la CFDT poursuivra son engagement au sein de ce comité régional afin d’obtenir les garanties indispensables pour les personnels comme pour les futurs enseignants.
Pour en savoir plus :
- https://www.sgen-cfdt.fr/actu/la-formation-des-enseignants-en-danger/
- https://www.sgen-cfdt.fr/actu/reforme-de-la-formation-initiale-des-enseignants-les-alertes-se-multiplient/
- https://www.sgen-cfdt.fr/actu/formation-initiale-se-donner-les-moyens-dequipes-plurielles-efficaces/